09.05.2012

Occuper les requérants d'asile, une solution qui avantage tout le monde

L'édition de « La Côte » du 9 mai 2012 nous informe que quelques migrants viendront prêter main-forte à la déchetterie de Gland tous les vendredis après-midi et les samedi dès le mois de juin. Ce programme d'occupation mis en place par la Ville de Gland et l'Etablissement vaudois d'accueil des migrants (EVAM) fait suite à plusieurs autres programmes menés à travers le canton. S'agissant la plupart du temps de travaux de manutention, ils n'en restent pas moins variés, allant du débroussaillage dans des alpages (Ollon) à la construction d'une mosaïque (Lausanne), en passant par l'assainissement du lit d'une rivière (Nyon). À noter que la commune de Vich a également occupé quelques migrants au débroussaillage des sentiers pédestres le long de la Serine. Selon les chiffres de l'EVAM, ce sont "environ 200 personnes qui sont actives chaque trimestre dans de telles mesures" sur environ 4'500 personnes prises en charge par l'établissement.

À mon avis, nous ne pouvons que nous réjouir de la mise sur pied de telles mesures. En effet, compte tenu de la durée actuelle de traitement des demandes d'asile, il ne fait aucun doute que la démarche de garder une personne active lui permet de se sentir utile et de conserver sa dignité. Outre cela, d'un point de vue pécuniaire, elle bénéficie d'une indemnité complémentaire à son forfait d'assistance, indéniablement pas de quoi lui assurer un vrai revenu, mais tout de même un sérieux incitatif à s'engager dans un des programmes. C'est également, dans une conception plus large, une solution - évidemment pas miraculeuse - pour lutter contre le trafic de drogue et autres actes délictueux aux alentours des centres d'accueil.

Mis à part les bénéfices pour le migrant, le travail effectué rend service à l'ensemble de la communauté. Les tâches confiées aux bénéficiaires ne pourraient que difficilement être attribuées à des employés, tant la charge de travail serait insuffisante et inconstante pour prétendre à l'engagement de salariés. Sur un plan humain, cela permet également de nouer des contacts entre le migrant et la société d'accueil, ainsi que d'améliorer l'image des requérants auprès de la population.

On pourrait reprocher à ces programmes qu'ils n'occupent qu'une petite minorité de requérants. Certes. Il ne faut toutefois pas oublier que certaines conditions impératives doivent être remplies pour que le migrant puisse jouir de ce programme, notamment en ce qui concerne ses connaissances en français. Mais au final peu importe le nombre, l'effort fait par l'EVAM, les communes et les associations pour développer des activités d'occupation pour les migrants est à saluer et à soutenir. Espérons que d'autres communes suivront ce chemin.

20.02.2012

Surendettement des jeunes: pas une fatalité

Aujourd'hui, lorsque l'on lit le mot surendettement dans la presse, celui-ci est souvent relatif aux Etats traversant des difficultés financières. Mais il existe, en Suisse, une autre réalité du surendettement: celui des jeunes. Une étude menée en 2007 par la Commission fédérale pour l'enfance et la jeunesse (CFEJ) indique que près de 25% des jeunes dépensent plus que ne leur permettraient leurs moyens et que « 16% des jeunes de 15 à 22 ans admettent avoir des dettes ». L'étude « Radar 2011 » publiée par l'institut de recouvrement Intrum Justitia tente elle de mettre en évidence les sources de l'endettement. Le document relève que ces sources sont téléphonie mobile, le commerce en ligne et la santé. Mais l'élément le plus préoccupant de cette étude est que près de 47% des jeunes endettés en 2006 possède encore au moins une dette en 2011.

Il existe sûrement autant de causes que d'individus. Néanmoins, la société de l'image et de la consommation combinée à l'accessibilité des petits crédits ou autres leasing pour les jeunes contribue grandement à cette tendance. Mais à mon avis, c'est surtout que les jeunes n'apprennent plus forcément à gérer leur budget au sein de leur foyer. De ce fait, ils sont plus susceptibles de céder aux chants des sirènes de la consommation et entrent, trop souvent, dans la spirale de l'endettement.

endettement.jpgAujourd'hui, presque rien n'est entrepris pour enrayer ce phénomène, si ce n'est de trop rares campagnes de prévention dans les écoles. Il appartient au monde politique d'agir de manière déterminée. À l'échelon fédéral, le conseiller national PLR Hugues Hiltpold a déposé une initiative parlementaire qui demande qu'une partie des bénéfices des entreprises de crédit soit affecté à des fins de prévention et de lutte contre le surendettement. Il a été accepté de donner suite à cette proposition. Une autre initiative émise par la conseillère nationale socialiste Josiane Aubert demande quant à elle d'interdire toute publicité pour le petit crédit. À mes yeux, une interdiction stricte contrevient fortement au principe constitutionnel de la liberté économique. Une publicité n'a jamais forcée et ne forcera jamais un individu à contracter un emprunt. Par ailleurs, faut-il le rappeler, un crédit maîtrisé n'est pas mauvais à quiconque sait un tant soit peu gérer ses dépenses. Il est également utile de souligner que la Loi sur le Crédit à la Consommation (LCC) précise en son article 32 les sanctions strictes qu'encourent les prêteurs qui ne respecteraient pas les conditions d'octroi d'un crédit, à savoir qu'ils risquent de perdre l'entier du montant du crédit octroyé. Les instituts de prêt n'ont donc aucun intérêt à prêter à une personne déjà surendettée. À titre de solution intermédiaire une meilleure mise en avant des risques du crédit dans les publicités serait envisageable, mais ne possèderait malheureusement qu'une portée limitée sur les individus.

Pour moi, la solution la plus efficace passe par la formation et la responsabilisation des jeunes, et ceci passe par la prise en main par les cantons de la problématique de l'endettement excessif des jeunes. Ainsi, je propose que le Canton de Vaud intègre concrètement des cours visant à la sensibilisation de la jeunesse vis-à-vis du surendettement dans les classes d'enfantines, de secondaire et d'apprentissage. Plus en détails, la mise en place de ce projet pourrait être faite de la manière suivante:

  • Dans les classes d'enfantines, sous la forme de jeux de gestion d'argent fictif.
  • Dans les classes secondaires et d'apprentissage, en introduisant des cours dans le programme scolaire visant à sensibiliser les jeunes à la gestion du budget ménager et à la prévention des risques liés au crédit.

N'oublions pas que les surendettés d'aujourd'hui risquent de devenir les assistés de demain. Agissons donc dès maintenant!

08.01.2012

De l’initiative « 6 semaines de vacances pour tous »

Le 11 mars prochain, la population helvétique devra se prononcer sur cet objet qui anime déjà de riches débats. Mais qu'en est-il réellement? Qu'est-ce qui se cache derrière cette initiative? Six semaines de vacances pour tous, mais à quels coûts?

Tout d'abord une petite présentation de l'objet en question. L'initiative propose d'inscrire dans la Constitution fédéral que « Tous les travailleurs ont droit à des vacances payées de six semaines par an au minimum » et ceci quel que soit le secteur d'activité et le contenu des éventuelles conventions collectives.

Travaille.Suisse, initiateur de cette proposition, affirme que l'augmentation de la productivité a uniquement bénéficié aux actionnaires et aux managers, boucs émissaires ô combien arrangeant lorsqu'il s'agit de critiquer l'économie. Loin de moi l'idée d'affranchir certains individus malveillants, mais il est fallacieux de généraliser. En effet, je tiens à rappeler que les PME (moins de 250 employés) représentent plus de 99% des entreprises en Suisse. Parmi ces sociétés, nous retrouvons les micro-entreprises (moins de 10 employés) qui représentent à elles seules 87% des entreprises helvétiques. Je ne pense pas que ces petits patrons s'octroient des revenus mirobolants, s'ils arrivent déjà à boucler les fins de mois. Ces micro-entreprises ne disposent pour la plupart que d'une faible marge de manœuvre financière et organisationnelle. Augmenter la durée des vacances d'une ou deux semaines signifie qu'il leur faudra d'une part supporter les coûts salariaux et d'autre part trouver un moyen de compenser d'autant l'absence d'un-e ou plusieurs employé-e-s. Or cette compensation risque de se faire par une répercussion de la charge de travail sur les autres employés, induisant de ce fait un stress supplémentaire, voire même la suppression pure et simple d'emplois. Je doute que ceci profite réellement aux travailleurs...

332967.image.jpegCette initiative est d'autant plus malvenue que la conjoncture ne laisse rien envisager de positif pour nos entreprises. Le SECO table sur une croissance proche de zéro pour 2012, de même qu'il s'hasarde à évoquer une hausse du chômage, et le franc fort ne semble pas vouloir fléchir. L'augmentation de la durée des vacances impacterait la productivité des sociétés déjà fortement sous pression. C'est de ce fait la compétitivité des entreprises qui serait mise à mal et par la même l'avenir de beaucoup d'emplois. Veut-on encore imposer un poids supplémentaire aux entreprises et menacer l'emploi? Je suis convaincu que non.

De même que les initiants omettent, ou devrais-je dire occultent, de compter les huit à dix jours de congé payé par année octroyés à tous les travailleurs, comme l'ascension ou le jeune fédéral pour ne citer que ces deux jours fériés payés. Cumulés aux quatre semaines de vacances, le total nous amène à peu de choses près aux six semaines de vacances soumises au vote...

Mais plus que tout cela, après l'échec de l'initiative pour un salaire minimum cantonal, c'est une nouvelle tentative de rupture de la paix du travail entre les partenaires sociaux. La durée des vacances, au même titre que le salaire, est grandement discutée dans les négociations des conventions collectives de travail (CCT). Ces discussions ont notamment abouti dans le domaine de la construction à la « convention nationale du secteur principal de la construction en Suisse - CN 2008 » qui octroie en son article 34 cinq semaines de vacances par années pour les travailleurs de 20 à 50 ans et même six semaines pour les travailleurs de moins de 20 ans ou de plus de 50 ans. Comme quoi il est possible d'arriver à une prolongation de la durée des vacances et ceci sans passer par le biais d'une initiative contraignante. En cas d'acceptation, il serait regrettable que tous les secteurs se voient imposer une règle commune sans pouvoir discuté et négocier selon les dispositions de chacun.

Après le salaire minimum, c'est encore une fois une fausse bonne idée qui est soumise à la décision du Souverain. Il faut laisser la liberté aux partenaires sociaux de décider ce qui convient en fonction des secteurs économiques. Les coûts financiers et humains seraient trop importants en cas d'acceptation de l'initiative. Le travailleur ne doit pas payer le prix d'une fausse bonne idée.

- Non à l'initiative « 6 semaines de vacances pour tous » -